La première fois que j'ai chanté dans la jungle, je ne connaissais pas les paroles. Et pourtant, elles étaient dans ma gorge. Pas apprises — rappelées. C'est la distinction que le chamanisme m'a apprise avant tout le reste : il n'y a pas d'apprentissage, seulement de la reconnaissance.
Je suis allé au Pérou sans agenda précis. Je savais seulement qu'il y avait quelque chose en moi qui refusait de continuer dans sa forme actuelle. La cérémonie a commencé dans l'obscurité. Et à un moment de cette nuit-là, j'ai ouvert la bouche et j'ai chanté. Les chants sortaient dans une langue que je n'avais jamais étudiée, portant le poids d'une lignée qui avait chanté ces mêmes chants depuis des siècles. Je n'étais plus un homme seul. J'étais un réceptacle pour quelque chose de beaucoup plus ancien.
Takiwasi — le centre où j'ai fait un stage de développement personnel ensuite — signifie littéralement "la maison qui chante." Ce nom m'a semblé juste. Parce que c'est ce que la cérémonie m'avait révélé : que le corps humain, à pleine capacité, devient une maison qui chante.
Ce que le chamanisme n'est pas, pour moi : un voyage spirituel au sens touristique du terme. Une recherche d'expériences mystiques. Une fuite de la réalité ordinaire. Et surtout, pas une discipline qu'on maîtrise — on ne se forme pas au chamanisme. On y entre comme on entre dans un feu. Ce qui en ressort n'est pas un praticien. C'est quelqu'un dont l'ego a cessé d'être le centre de gravité.
Ce qu'il est : une technologie de précision pour accéder à des couches du système nerveux que la vie ordinaire ne touche jamais. L'intuition — ce que la plupart des gens traitent comme un phénomène vague et inexplicable — est en réalité le système d'information le plus rapide que possède le corps. Le nerf vague, les mémoires cellulaires, la sagesse de la lignée : ce n'est pas de la poésie. C'est de la biologie.
La cérémonie m'a aussi appris quelque chose d'inconfortable. J'avais passé des décennies à me définir comme un Rebelle — à construire mon identité en opposition à une autorité : celle de mon père, celle du système. Le chamanisme a rendu visible le piège : rester rebelle, c'est rester satellite de l'autorité qu'on déteste. Le Souverain n'a pas besoin de se rebeller.
Le Souverain est, simplement.
Je ne suis pas un chaman. Ce que j'ai vécu dans cette jungle n'est pas une pratique — c'est une empreinte. Elle a changé la façon dont je comprends le corps, la mémoire, et ce que signifie savoir quelque chose sans l'avoir jamais appris.